Frontière(s)
de Xavier Gens
[2006]
Interdit aux moins de 16 ans
Sortie en salles le 23 Janvier 2008Des délinquants en fuite après un braquage trouvent refuge dans une auberge perdue au coeur d'une forêt où ils espèrent se reposer avant de reprendre la route afin de passer la frontière luxembourgeoise mais ils se retrouvent malgré eux dans un terrible repère où la folie et l'abomination leur feront vivre une terreur sans nom.



Frontière(s) était attendu pas tous les amateurs de films d'horreur, de survival. Le film est prêt depuis 2006 mais a tarder à montrer le bout de son nez dans les salles obscures. Ce genre cinématographique est en déclin et on le voit bien à la combinaison de salles que l'on lui attribue, hélas. Qu'en est-il de ce fameux
Frontière(s), surpasse t-il le joli
Haute Tension ou le magnifique et jouissif
A L'Intérieur ? La réponse est non mais ce n'est pas une énorme déception pour autant car le film possède certes ses défauts mais regorge aussi de qualités plutôt louables.
Les idées de mise en scène de Xavier Gens sont intéressantes mais il faut reconnaître que les 10 premières minutes sont assez barbantes et nous désorientent car nous avons affaire à une certaine vision fictive - qui aurait très bien pu se produire à un échelon moins exagéré dans la réalité - de la France depuis 2002 avec la montée en puissance de l'extrème droite. Mais le réalisateur ne caractérise pas spécialement son message, ce que lui reproche certaines personnes ayant assistées à la projection du film dans des festivals, bien avant sa sortie en salles. A la rigueur cette vision d'un futur chaotique sert plutôt de prétexte à la suite des évènements et on ne peut vraiment le critiquer là-dessus.
Par contre, le vrai problème provient des dialogues clichés et surtout d'une interprétation de la jeunesse des banlieues plutôt décevante dans un premier temps puis vient le moment où la tension arrive et monte crescendo, là leur contribution ne se résume qu'à des réflexes primaires donc les dialogues ne sont plus utiles.
Toutefois, David Saracino et Karina Testa, sortent du lot et sont très convaincants, portant à eux seuls le film. D'ailleurs on attend avec impatience le court métrage
Paris by Night of the Living Dead de Grégory Morin, dans lequel ils seront confrontés à des morts vivants dans un Paris apocalytique. Ils sont inséparables ces deux là depuis leur contribution dans le film de Djamel Bensalah
Il Etait une Fois dans l'Oued. Samuel Le Bihan par contre n'assure pas tellement, il en fait un peu trop dans un rôle de bête humaine auquel on ne croit que furtivement, ses premiers instants face à la caméra sont assez marrants car il joue les gros bras décérébré avec ses muscles saillants et couverts d'huiles afin de lui donner une dimension de gros costaud plutôt cliché et dont on se serait particulièrement passé. Estelle Lefebure quant à elle nous livre une prestation de petite catin démoniaque bluffante de naturel dans un rôle à contre emploi.
On peut dénombrer pas mal d'incohérences dans sa violence au réalisme incertain comme lorsque l'un des personnages se fait lyncher à coups de barre de fer assez lourde, on le voit cracher du sang, on pense évidemment qu'il peinera à se relever, qu'il a à coup sûr des cotes de cassées et puis on le voit se relever sans mal en mimant à peine la douleur de son fardeau. Puis après une course poursuite en voiture il finit son chemin dans un fossé et là encore il se relève de nouveau, avec encore moins de peine. Il aurait pu jouer dans
Terminator avec cette hargne incommensurable, c'est dire.
Passons maintenant aux qualités du film car il en possède quand même. Pour un premier film Xavier Gens s'en sort plutôt bien et malgré pas mal de failles, il faut lui reconnaître un sens particulier lorsqu'il utilise le langage des armes comme au tout début du film, car malgré une introduction post générique décevante gâchée par un casting hasardeux et des dialogues pas top top, il filme une petite fusillade très fluide et bien mise en scène. Par contre la fusillade du final n'est pas utile et ne sert pas vraiment le scénario, sinon l'autre atout de Mr. Gens c'est inévitablement son génie lors des scènes chocs où l'hémoglobine (Aïe, la scène de la découpe avec la scie circulaire !) et le maquillage (l'un des jeunes qui finit avec le visage brûlé) épousent une certaine forme qui accouche d'un rendu ahurissant de réalisme. On ressent les inspirations du cinéaste, on pense à
Massacre à la Tronçonneuse,
Motel Hell,
Descent et
Le Sous-Sol de la Peur entre autres. Des références en la matière et une inspiration qui puisent assez bien dans ces recettes du genre.
De nombreux moments sont assez marquants comme une scène de claustrophobie bien prenante et qui n'a rien à envier au Descent de Neil Marshall ou encore et surtout une scène de boucherie lors de laquelle un jeune sera suspendu la tête en bas par des crochets crochetés à ses chevilles.
On peut saluer le travail, certes inégal, de Xavier Gens mais avec son petit budget il a réussit un premier film qui mérite sa place dans le rang des nouveaux films de genre Français tels que
Haute Tension,
A L'Intérieur et
Calvaire (un film très psychologiquement atteint). Bravo à ce réalisateur qui promet, il a tout de même réussi à être embauché pour la réalisation d'un film de commande américain tel que
Hitman, qui d'ailleurs est sorti avant son premier film.
Frontière(s) n'est pas si décevant et mérite amplement que l'on s'y attarde, surtout pour les amateurs du genre, vous n'allez pas bouder votre plaisir !
13/20